Code d'Esther :

la contre-enquête

Les comparaisons

 

En guise d'argument, le CDE présente des comparaisons entre les deux histoires : celle d'Esther et celle de la shoah.

 

L'objectif est simple : Mettre en avant des similarités pour montrer que le livre d'Esther a anticipé l'extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale.

 

Examinons alors ces similarités.

Code d'Esther : la contre-enquête

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L'histoire générale

Le CDE présente les deux histoires en parallèle.

D'un côté, le livre d'Esther parle d'un projet d'extermination des juifs, orchestré par Haman, ministre du roi de Perse.

De l'autre côté, il y a le projet d'extermination des juifs, mis en place par les nazis.

La ressemblance est décrite comme troublante, et va être présentée comme une preuve d'un lien entre les deux histoires.

 

Pourtant, dans le cadre du livre d'Esther, le projet d'anéantissement des juifs est limité à un royaume (la Perse) et n'est pas suivi d'effets. Ce sont même les juifs qui massacrent leurs ennemis.

Cela n'a donc rien à voir avec la solution finale élaborée par les nazis, puisque là, le projet est mis en action, au niveau mondial. Des millions de juifs sont assassinés.

 

Le parallèle entre les deux histoires ne tient donc pas.

Le pays visé

Le CDE sort du livre d'Esther, pour utiliser un autre écrit : le traité de Meguila

 

(page 119 : "datant de 450 de l'ère chrétienne (…)

C'est un ensemble de commentaires et de règles liées au livre d'Esther...").

 

Apparemment, le seul récit d'Esther ne suffit pas à appuyer l'hypothèse de la prophétie. On a recours à un autre texte, écrit des siècles après (environ 450 de l'ère chrétienne).

 

Dans ce traité de Meguila, on trouve le passage suivant :

 

«...ne laisse pas Esaü accomplir ses mauvais dessins.

Il s'agit des 300 têtes couronnées de Germamia d'Edom car si elles sortaient,

elles détruiraient le monde » (page 120).

 

Pour le CDE, le pays visé est l'Allemagne. Pour les besoins de la démonstration, « Germamia » devient vite « Germania » puis Germanie, enfin l'Allemagne. Et les 300 têtes couronnées renvoient aux 300 micro-états allemands.

 

« Quelles sont ces 300 têtes couronnées (…) ? Il sufit de prendre l'encyclopaedia Britanica

(…) Après 1648, l'empire Germanique (…) se compose alors de 300 Etats souverains ou principautés... » (page 122).

 

Et le CDE d'insister sur cette troublante concordance.

 

Etudions cette comparaison. D'abord, contrairement à ce qui est rapporté, ce ne sont pas 300 Etats qui composent l'Allemagne après 1648, mais 350. La référence ? Le Larousse :

 

« Ces traités [de Westphalie, conclus en 1648] ruinent tout espoir d'unification de l'Allemagne en la morcelant en quelque 350 États ».

 

La concordance entre l'annonce du traité de Meguila et l'histoire réelle ne tient plus. La précision apportée par le CDE n'en est pas une !

 

Ensuite, le glissement de Germamia à Germania, puis Germanie reste trouble. L'argument du CDE est pour le moins contestable :

 

"pour ne pas mettre en danger les Juifs habitant

ce pays si celui-ci était désigné nommément" (page 120).

 

Si tel est vraiment le cas, pourquoi ne pas mieux codé le nom du pays qui sonne quand même comme Germanie ?

Une autre interpétation est connue de Germamia  : celle qui découle d'Hérodote - grec du Vème siècle avant l'ère chrétienne - qui associe Germamia ou Germanie ou Carmanie à une province du sud de la Perse (actuel Iran) :

 

Les tribus qui composent la nation perse sont en grand nombre.

Cyrus (...) les porta à se soulever contre les Mèdes.

Ce sont celles qui ont le plus d'influence sur tous les autres Perses, savoir,

les Pasargades, les Maraphiens (...) Panthialéens, les Dérusiéens,

les Germaniens, sont tous laboureurs. (Hérodote 1, 125)

 

Ici, il ne s'agit plus de désigner l'Allemagne, mais une contrée Perse (ce qui correspondrait bien au cadre du récit d'Esther qui se passe aussi en Perse). Pourquoi ne pas évoquer cette interprétation, connue des historiens de l'antiquité ?

 

Les pendus

Le CDE signale qu'à Nuremberg, il y a 11 nazis condamnés à mort, mais 10 pendus parce que Goëring se suicide avant son exécution.

 

Or, dans le livre d'Esther, il y aussi 10 pendus : les 10 fils d'Haman. Pour renforcer cette comparaison, on signale que dans le traité de Meguila (on sort encore du livre d'Esther) la fille de Haman se suicide.

 

Le CDE constate alors une nouvelle similarité qui a statut de preuve : 10 pendus et un suicide de part et d'autres. Ce n'est plus une coïncidence, mais une nouvelle preuve !

 

Le problème, c'est que ces chiffres sont arrangés ou erronés.

 

En fait, à Nuremberg, il n'y a pas 11 condamnés à mort, comme l'indique le CDE, mais 12 ! Seulement 10 seront pendus, parce que Goëring se suicide, et que Bormann est jugé par contumace.

 

Du côté du livre d'Esther, ce n'est pas 10 pendus qu'il faut dénombrer, mais 11 puisqu'il y a Haman et ses 10 fils (donc 10 + 1 = 11). On pourrait aussi ajouter les 2 fonctionnaires pendus (qui ont comploté contre le roi), ce qui porterait le nombre de pendus à 13.

 

Les deux fonctionnaires furent pendus (E, 2, 23)

 

Haman fut pendu au gibet qu'il avait fait préparer pour Mardochée. Alors la colère du roi se calma (E 7, 10)

 

Les corps des dix fils de Haman furent pendus (E, 9, 11)

 

En rétablissant strictement et objectivement les comptes, il n'existe plus de similarité concernant les pendus cités dans les deux histoires.

Haman, Amann et les autres

Dans le CDE, les 10 fils d'Haman sont comparés aux 10 nazis exécutés. On s'attendrait donc à ce que Haman, qui est la source du projet d'extermination des juifs, soit comparé à Hitler ou Himmler.

Pas du tout, le CDE pointe Max Amann, un proche de Hitler qui, entre autre, l'a aidé à publier Mein Kampf.

Du coup, le Haman du récit d'Esther est associé au Amann nazi. Nouvelle ressemblance, nouvelle preuve du lien entre les deux histoires.

 

Les deux personnages sont-ils aussi superposables que le prétend le CDE ?

 

A part leur nom, ils ne partagent rien. Le Haman du récit d'Esther est condamné à mort, alors que l'autre Amann est condamné à 10 ans de travaux forcés, puis est libéré en 1953.

 

L'Haman du récit d'Esther a été grand ministre du roi, et l'instigateur du projet d'assassinat des juifs. L'autre a été directeur de presse et de maisons d'édition. Il n'a jamais été ministre et n'a pas pris part « directement » à la shoah (sinon il aurait été condamné à mort à Nuremberg !).

 

Par ailleurs, si on pousse le parallèle du CDE, alors le roi Perse doit être comparé à Hitler. Pourtant, le premier sauve les juifs tandis que le second les extermine.

Et quel serait alors l'ater ego de Esther ? De Mardochée ? Questions sans réponse dans le CDE puisqu'elles sont éludées.

 

Enfin, sur la correspondance des noms (le Haman Perse et le Amann nazi), on peut objecter que Hitler était un personnage public, donc très entouré. Dans cet entourage, aussi bien restreint que large, il est probable de trouver des personnes dont les noms puissent se retrouver dans la Bible. Tout est une question de probabilité.

 

Max Amann

(source photo : Wikipedia)