Code d'Esther :

la contre-enquête

L'argument anachronique

 

Le CDE signale de façon récurrente (page 89, page 99...) une singularité qui prend statut de preuve sur une relation entre le récit d'Esther et la shoah : Alors qu'Haman et ses fils ont déjà été pendus, Esther demande au roi que l'on pende à nouveau les 10 enfants d'Haman.

 

« Or ceux-ci ont été pendus la veille ! Pourquoi émettre un voeu déjà exaucé ? (…)

Et voilà que (…) cette erreur n'en est pas une, que nous sommes, au contraire, en présence d'un passage clé du livre » (page 100).

 

Le CDE s'étonne que les enfants de Haman, qui ont été déjà pendus, soient pendus une seconde fois. Pourquoi Esther fait-elle cette cruelle demande ?

Cette curieuse redite est une preuve du statut prophétique du texte d'Esther. Elle se comprend ainsi : les ennemis des juifs ont été pendus en Perse (1ère pendaison), et ils seront pendus une nouvelle fois plus tard lorsque surgira un nouveau péril (2ème pendaison).

Un nouveau lien semble être établi entre la pendaison des 10 fils d'Haman et des 10 nazis, après le procès de Nuremberg.

 

 

Il faut apporter ici une correction de taille. A aucun endroit du texte d'Esther, il n'est dit que les fils de Haman sont pendus deux fois. Il est dit qu'ils périssent, et qu'ensuite leurs corps sont pendus :

 

Ils tuèrent cinq cents hommes. Ils mirent également à mort les dix fils de Haman (E 9,7)

 

Le roi dit alors à la reine Esther : « Rien que dans la citadelle de Suse, les Juifs ont massacré cinq cents hommes en plus des dix fils de Haman (E 9, 12)

 

On comprend plutôt qu'ils sont tués durant les rixes opposant les juifs à leurs ennemis. Mais à aucun moment leur façon de mourir n'est précisée. Ce sont leurs cadavres qui sont pendus :

 

Esther répondit : « Si sa Majesté le roi le juge bon, qu'il soit permis aux Juifs de Suse d'agir encore demain selon le décret qui était valable aujourd'hui, et que les corps des dix fils de Haman soient pendus à un gibet. » Le roi donna les ordres nécessaires : un nouveau décret fut publié à Suse et les corps des dix fils de Haman furent pendus (E 9, 13-14)

 

Le contexte se prête très bien à cette pratique. Dans l'antiquité, il est normal d'exposer les cadavres de ses ennemis, des traîtres ou des criminels. On laisse les corps pourrir dans des cages ou pendus aux tours des murailles par exemple. Cette pratique se poursuivra longtemps. Qu'on pense aux têtes coupées et exposées sur des piques par exemple. Cette façon de traiter le cadavre de son ennemi est une mise en garde pour ceux tentés de l'imiter, une dissuasion. C'est aussi une affirmation du pouvoir des vainqueurs. C'est en plus une continuité de la condamnation, puisqu'on outrage les suppliciés même après leur mort (voir sur ce sujet : FOUCAULT, M., Surveiller et punir, Gallimard, 1994).

Bref, il n'y a rien d'exceptionnel à ce que les corps des fils d'Haman, tombés dans les massacres opérés par les juifs, soient ensuite suspendus pour les raisons principales décrites juste avant.

 

Finalement, il n'y a qu'une pendaison, et non deux comme annoncé dans le CDE. Et cette pratique de la pendaison des corps n'a rien d'exceptionnelle. Du coup, il n'y a plus de parallèle possible entre les fils d'Haman tués puis pendus ensuite, et les nazis pendus directement.

Code d'Esther : la contre-enquête

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